Docteur Pittet : un des pères du gel hydroalcoolique

Didier Pittet, le docteur qui ne s’en lave pas les mains.

Didier Pittet, alias "Docteur mains propres", est l'un des pères du gel hydroalcoolique. Mardi 9 Février 2021, le médecin a été titré docteur Honoris Causa par l’UCLouvain en Belgique pour ses travaux sur la solution antibactérienne. Cette récompense vient couronner son action planétaire bienfaitrice en pleine pandémie de COVID-19. Car si Didier Pittet a fait du gel hydroalcoolique un produit universel, c’est sans doute le fruit d’une volonté d’une mise à disposition de tous de la solution antibactérienne et d’en empêcher sa privatisation en en publiant la formule.

Une découverte pour permettre aux médecins de gagner du temps et du soin 

A l’origine, alors que Didier Pittet se spécialise dans les maladies infectieuses, le médecin épidémiologiste de l'Hôpital Universitaire de Genève s'intéresse à la question des infections liées aux cathéters intraveineux, responsables de 20 à 30 millions d'infections hospitalières par an.

Didier Pittet commence à mener au sein de son propre hôpital, une enquête et découvre que la majeure partie des infections sont dues à l'impossibilité pour le personnel médical de se laver les mains au savon antiseptique aussi souvent que nécessaire, notamment en raison du manque de temps. Il soulève notamment le fait que les infirmières des soins intensifs doivent se désinfecter les mains au savon 22 fois par heure. Se désinfecter correctement nécessite 1’30, cela répété 22 fois, il ne reste  alors pratiquement plus de temps pour les soins.

L’alcool, solution antiseptique évidente

Dans le même temps, il se questionne sur comment ne pas ou ne plus introduire les microbes dans les plaies plutôt que de penser à tuer les microbes déjà introduits. 

Pour lui, il faut utiliser de l'alcool, ce puissant antiseptique. William Griffiths, pharmacien britannique vivant à Genève, est un spécialiste des solutions alcoolisées. Depuis plusieurs années déjà, il travaille à la création d'une solution alcoolique pour les mains. Selon lui, il est nécessaire d'ajouter de l'eau à l'alcool, car ce dernier, seul, ne se fixe pas sur les germes et ne les détruit pas. 

Un duo gagnant pour trouver la formule

En 1995, Didier Pittet et William Griffiths se rencontrent et créent un protocole sanitaire qui permettra au premier gel hydroalcoolique d’être utilisé en milieu hospitalier et de démontrer toute son efficacité. 

A eux deux, ils dressent une liste de cinq moments clés où il est indispensable, pour les soignants, de se laver les mains avec du gel : 

  • Avant de toucher un patient
  • Avant un geste aseptique (prise de sang par exemple)
  • Après un risque d’exposition à un liquide biologique
  • Après avoir touché un patient
  • Après avoir été en contact avec l’environnement d’un patient

L'utilisation de leur gel hydroalcoolique, selon ce protocole permet de constater que le personnel soignant se lave bien plus souvent les mains : le gel sèche en effet presque instantanément, ce qui est un gain de temps évident. Les médecins réalisent par ailleurs que l'utilisation du gel a permis de diviser par deux le taux d'infection dans les services hospitaliers. 

Didier Pittet souhaite partager la solution hydroalcoolique au plus grand nombre

En janvier 2006, Didier Pittet devient ambassadeur pour l’hygiène des mains pour le compte de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) et se trouve alors au Kenya. Après avoir visité trois hôpitaux, il roule avec la délégation en direction de Nairobi. Ils ont deux heures d’avance sur leur programme. Didier Pittet propose d’improviser une quatrième visite dans l’un des hôpitaux environnants. Il aperçoit alors un distributeur d’alcool cadenassé. Didier Pittet comprend alors que l’hôpital en question paye les flacons presque trois fois plus chers qu’en Europe ou qu’en Amérique. Pour lui, c’est inconcevable; l’alcool devrait être accessible facilement et gratuitement, c’est une évidence.

Didier Pittet décide de finaliser ainsi la recette de la solution hydroalcoolique en la laissant libre de brevet, et la donne à l’Organisation mondiale de la santé pour affranchir la planète à ce geste salutaire.

Le gel hydroalcoolique devient rapidement indispensable dans les pays en voie de développement, où l'eau vient parfois à manquer : cette innovation permet de compenser l'absence d'eau courante. Selon les estimations de l'OMS, les campagnes incitant aux lavages des mains réguliers, couplées à l'invention du gel hydroalcoolique, permettent ainsi de sauver entre 5 et 8 millions de vies par an. 

L’arrivée du COVID-19 l’oblige à aller plus loin

Et aujourd’hui l’actualité brûlante de la pandémie nous rappelle plus encore à quel point l’usage de gel hydroalcoolique devient indispensable à nos vies chaque jour.

Didier Pittet, alerté dès Décembre 2019 du danger imminent de la maladie par ses doctorants chinois, a immédiatement pris la mesure de la pandémie. Début janvier 2020, il entre en campagne auprès des autorités sanitaires suisses et préconise à chaque fois qu’il le peut, gestes barrières et usage du gel avec techniques appropriées.

« S’en frictionner les mains arrête 80 % de la circulation du virus », résume son découvreur, « une main est chargée de 10 puissance 7 bactéries ou virus. Avec un lavage au savon, vous réduisez ce taux à 10 puissance 4. Avec la solution hydroalcoolique, vous parvenez à 10 puissance 0, et le tout en trente secondes »

La croisade de Didier Pittet est permanente, partout où il peut être entendu, il porte sa parole et rappelle, vigilant, que « le virus est toujours présent, il ne circule pas, c’est nous qui le faisons circuler en le transportant, d’où l’importance de surveiller nos comportements ».

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